L'Anglicanisme orthodoxe

Interview réalisée par Anthony Drew

 Mon Révérend, quels sont les points fondamentaux qui définissent l’Anglicanisme orthodoxe ?

Je crois qu'on peut, dans un premier temps, les circonscrire aux quatre points définis par le Quadrilatère de Lambeth : l’acceptation des Saintes Ecritures, c’est à dire l’Ancien et le Nouveau Testaments composant la Bible, comme la Parole révélée de Dieu aux hommes et contenant toutes les choses nécessaires au Salut, règle et ultime référence pour la Foi chrétienne ; l’acceptation du Symbole de Nicée comme symbole de la foi et du Symbole des Apôtres comme confession de foi baptismale ; l’acceptation des deux Sacrements que sont le Baptême et la Sainte Communion, ordonnés par le Christ Lui-même, administrés sans altération des paroles du Divin Sauveur et des éléments ordonnés par Lui (l’eau, le pain, le vin) ; enfin l’acceptation de l’épiscopat historique comme essentiel au ministère de l’Eglise du Christ, adapté localement en fonction des besoins du Peuple de Dieu répandu à travers le monde. Mais dans le contexte du relativisme théologique actuel, cela ne suffit plus. C'est la raison pour laquelle, je préfère faire référence à la Déclaration de Jérusalem (Jerusalem Statement) ratifiée par les Anglicans orthodoxes réunis le 29 juin 2008 à Jérusalem. Un point important, pour définir l'orthodoxie anglicane, est à retenir. Il s'agit du paragraphe 4 qui établit clairement « les Trente-Neuf Articles de Religion comme présentant la vraie doctrine de l'Église, s'accordant avec la Parole de Dieu et faisant autorité pour les Anglicans de nos jours » : On ne peut pas être plus clair en la matière ! Les Trente-Neuf Articles de Religion restent le texte doctrinal référentiel pour l'anglicanisme même si dans les différentes Eglises se réclamant de cette tradition les pratiques divergent d'un point de vue formel. La Mission que j'ai fondée, pour la préservation de cet héritage dans le contexte particulier de la France, et que je dirige depuis bientôt 13 ans a manifesté son attachement à l'orthodoxie anglicane en devenant membre du Fellowship of Confessing Anglicans, ratifiant ainsi le Jerusalem Statement.

Peut-on parler de spécificité de l’Anglicanisme ?

D’une certaine manière oui. On pourrait le définir comme un « catholicisme biblique ». Des trois grandes branches de l’Eglise Catholique, entendons par là l’Eglise Universelle, la nôtre est la seule fermement fondée sur la Révélation de Dieu dans les Saintes Ecritures. Cet aspect unique et central des Saintes Ecritures dans l'Anglicanisme orthodoxe est manifeste dans tous les écrits des Pères Anglicans, qu'ils soient de haute ou de basse Eglise, mais surtout dans les Trente-Neufs Articles de Religion. Le Sixième Article dit « L’Écriture Sainte contient tout ce qui est nécessaire pour le salut: de sorte qu’on ne doit point exiger d’un homme qu’il croit comme article de foi, ou qu’il considère comme essentiel ou nécessaire au salut, la moindre chose de ce qui ne s’y lit pas, ou qui ne peut pas se prouver par elle. » C'est ici que se situe notre ligne de démarcation d'avec la Communion romaine, qui a manifestement ajouté beaucoup de croyances exogènes aux Saintes Ecritures. Ainsi la doctrine catholique romaine exige-t-elle, pour le Salut, la croyance en l'immaculée conception de la Bienheureuse Vierge Marie et son assomption au ciel. Ces dogmes romains ne se trouvent en aucun cas dans la Sainte Bible et ne forment donc aucune part de la doctrine anglicane orthodoxe. Il ne peuvent être donc considérés qu'au titre de la piété personnelle.

Vous parlez, Mon Révérend, de doctrine anglicane, où se trouve-t-elle donc définie ?

En premier lieu dans le Book of Common Prayer, le Livre de la Prière Commune. C'est une véritable confession, par les textes liturgiques, de la primauté de la Parole de Dieu. Ainsi, dans la prière pour l’ensemble du Corps de Christ, nous prions Dieu « que tout ce qui confesse ton Saint Nom soit agréé dans la Vérité de ta Sainte Parole en vivant dans l’unité et l’amour divin ». L’Anglicanisme orthodoxe repose sur une foi fondée bibliquement. En adhérant à la Parole de Dieu, nous nous séparons des Communions romaines et orientales qui ne sont pas directement fondées sur la Bible, mais aussi des Protestants qui en grande partie, aujourd’hui, en sont arrivés à rejeter la Bible en tant que témoignage véritable et seule norme des Actes de Dieu pour le salut de l’humanité. Il est intéressant de constater qu’un mouvement qui a commencé avec les Saintes Ecritures comme seule source doctrinale en soit arrivé au scepticisme et au rationalisme, à tel point qu’il est devenu politiquement correct de critiquer les textes sacrés, de les « déconstruire » pour en arriver aux aberrations d’une lecture théologique féministe ou plus généralement post-moderne.

Vous entendez-donc qu’il existe un Anglicanisme hétérodoxe, est-ce cela ?

Parfaitement ! L’Anglicanisme hétérodoxe a non seulement embrassé ce scepticisme, mais il conduit à la destruction des convictions dans les cœurs des fidèles. Je citerai ici à titre d’exemple l’ouvrage de l’évêque libéral Spong, intitulé « Liberating the Gospels », voici ce qu’il écrit : « Il n’y a jamais eu dans l’histoire une telle personne appelée Joseph , l’époux de Marie, le père terrestre de Jésus …en toute probabilité il n’y a jamais eu de mangeoire… littéralement pas de bergers, pas d’anges, aucune étoile guidant, pas de mages, et aucune fuite en Egypte… il n’y a eu aucune tentation pendant quarante jours dans le désert ; ni Jésus n’a-t-il prêché de Sermon sur la montagne… il n’y a eu aucune résurrection littérale de Lazare de la mort… Il n’y a eu aucun miracle pour nourrir les multitudes… Jésus n’a jamais créé ou délivré des paraboles telles que l’enfant prodigue, le Bon Samaritain… Il n’y a eu aucune entrée triomphale de Jésus à Jérusalem… Judas n’a jamais été une personne de l’histoire du tout… bien que la crucifixion de Jésus a été réelle, la plupart des évènements narratifs de la Semaine Sainte, y compris le Dernier Souper et les paroles de la croix, furent des créations d’un processus liturgique interprétatif… il n’y a jamais d’apparitions résurrectionnelles à Jérusalem, dans la chambre haute ou ailleurs, pas d’épisode de la route d’Emmaüs, aucune invitation à toucher les plaies des mains et du côté du Christ ressuscité…il n’y pas eu d’ascension cosmique de Jésus…aucune expérience littérale de la Pentecôte… ». C’est éloquent ! Bien sûr, Spong est ce qu’il y a de plus extrême parmi la phalange libérale de l’Eglise, en manifestant une telle impudence et un tel rejet de notre foi sainte, pure et vénérable. Je cite cet exemple pour montrer que ses propos sont tacitement acceptés par nombre d’Anglicans aujourd’hui, on entend peu d’opposition à ces discours blasphématoires !

Mais, Mon Révérend, n’avez-vous pas peur d’être accusé de fondamentalisme ?

Non, absolument pas, même si les libéraux de tous poils usent de cette arme un peu facile et sans réelle justification. En tant qu’Anglicans orthodoxes, nous n’abusons pas des textes bibliques comme le font les fondamentalistes évangéliques. Certes nous insistons sur le fait que la Sainte Bible rapporte précisément les Actions de Dieu dans l’Histoire de l’humanité et qu’elle contient les réflexions du Peuple de Dieu sur ces actions divines. Nous reconnaissons également que ces textes sacrés doivent être compris dans les contextes culturels où ils ont été rédigés et que l’érudition chrétienne a une place de choix dans la compréhension de ces textes bibliques mais aussi dans leur exposition. Les Saintes Ecritures ne sont pas un livre de recettes, elles ne sont la propriété de personne ni sujettes à une interprétation privée ! Un des Canons de l’Eglise d’Angleterre, promulgué durant le règne d’Elisabeth I, en 1571, ordonne au clergé de n’enseigner rien d’autre « que ce qui est agréable à la doctrine de l’Ancien Testament et du Nouveau et ce que les Pères catholiques et les anciens évêques ont conclu de cette doctrine… ». Il faut rappeler que la Bible est le Livre de l’Eglise ! Elle contient les Saintes Ecritures sanctifiées et mises à part pour le service de l’Eglise. Ce point devient plus clair si l’on se réfère au Quadrilatère de Lambeth dont nous avons parlé au début de cet entretien.

Concrètement, comment un Chrétien peut-il se retrouver dans ce champs théologique entre orthodoxes et libéraux ?

Je crois qu’il faut revenir à l’essentiel de la doctrine chrétienne. L’Eglise a établi la doctrine dans deux textes fondamentaux qui s’appliquent à toute la Chrétienté : le Symbole des Apôtres lié au Sacrement du Baptême et le Symbole de Nicée lié, quant à lui, à l’Eucharistie. Les Anglicans orthodoxes croient tout le contenu de ces Symboles, véritables résumés de la Foi car comme le dit le Huitième Article de Religion, ils peuvent être prouvés d’une façon certaine par l’Ecriture Sainte. Alors, oui, nous croyons en la naissance virginale du Sauveur, la mort véritable qu’Il a soufferte, sa Résurrection physique d’entre les morts, son Ascension dans la gloire vue par les Apôtres et son Retour dans la gloire pour juger la Création toute entière. Ne pas le croire, c’est ne pas être chrétien, il faut le dire clairement !

Le rejet des Saintes Ecritures, Mon Révérend, conduirait-il  alors au rejet des Symboles de la Foi ?

C’est une conséquence logique ! Il y a deux manières par lesquelles certaines parties de la Chrétienté ont rejeté ces Symboles, et se sont séparées de facto, de la foi historique. La première est l’habitude protestante commune de remplacer les Credo par des « Affirmations »,qui ne sont rien d'autre que des platitudes temporairement ratifiées par l’assentiment individuel. Ces textes laissent toute latitude aux activistes sociaux libéraux qui contrôlent la plupart du temps le Protestantisme majoritaire. La seconde manière de rejeter les Credo est de changer subtilement leur formulation afin de permettre une certaine ambiguïté théologique. C’est la forme la plus insidieuse. Elle a commencé avec l’essai par la Communion romaine de promouvoir un langage moderne dans la liturgie avec le Concile Vatican II. Ces efforts, qui étaient tout à fait sincères, ont cependant conduit à l’apparition d’une théologie confuse aboutissant au final en une théologie ouvertement hérétique. Un exemple de cette folie se trouve dans le sermon prêché en 1964, par l’évêque épiscopalien James Pike à Saint-Louis : « Le fait est que nous sommes au milieu d’une révolution théologique. Beaucoup parmi nous sentent qu’il est urgent que nous repensions et restituions l’Evangile inchangé dans des termes qui relèvent de notre époque et du peuple qui aura à l’entendre ; sans hésiter à abandonner ou réinterpréter certains concepts, paroles, images et mythes développés dans les siècles passés lorsque les hommes agissaient dans différentes visions du monde et différentes structures théologiques. » Cette pensée a conduit à l’introduction de changements dans le contenu de la foi. Prenons par exemple, le Symbole de Nicée en ce qui concerne l’Incarnation et la conception virginale de Notre Bien-Aimé Sauveur Jésus-Christ. Le Book of Common Prayer de 1928, orthodoxe dans son contenu théologique, établi au sujet de Notre-Seigneur qu’il «descendu du Ciel, a été incarné par le Saint-Esprit, de la Vierge Marie, et a été fait homme. » Le Prayer Book de 1979 stipule en imitant le texte liturgique de Rome « est descendu du Ciel, par le pouvoir de l’Esprit-Saint, il est devenu incarné de la Vierge Marie, et a été fait homme. » La version orthodoxe établit qu’un seul homme dans l’Histoire humaine a été incarné par le Saint-Esprit : Notre Seigneur Jésus-Christ. Dans l’autre version, on peut comprendre que tout être humain est conçu par le Pouvoir de Dieu et que tous les enfants sont l’incarnation de leurs parents… Ainsi ce changement introduit une relativisation de la place de la Divinité en Jésus-Christ, Vrai Dieu et Vrai Homme ! Nous devons rester très vigilants comme nous l’enseigne Saint Paul « Sache bien ceci : dans les derniers jours surviendront des temps difficiles. Les hommes, en effet, seront égoïstes, âpres au gain, fanfarons, orgueilleux, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, sacrilèges, sans cœur, implacables, médisants, sans discipline, cruels, ennemis du bien, traîtres, emportés, aveuglés par l'orgueil, amis des plaisirs plutôt qu'amis de Dieu ; ils garderont les apparences de la piété, mais en auront renié la puissance. Détourne-toi aussi de ces gens-là ! » (2 St Timothée 3, 1-5).

Vous partez donc à l’assaut, si je peux dire, du relativisme religieux ?

C’est exact. Comme l’écrit très justement Ravi Zacharias dans son ouvrage intulé Jesus among other gods (2002) : « Philosophiquement vous pouvez croire n’importe quoi, aussi longtemps que vous ne le proclamez pas comme vrai. Moralement, vous pouvez pratiquer n’importe quoi, aussi longtemps que vous ne le proclamez pas comme la "meilleure" voie. Religieusement, vous pouvez soutenir n’importe quoi, aussi longtemps que vous n’y introduisez pas Jésus-Christ. »

Quelle réponse, Mon Révérend, apportez-vous donc à ce relativisme ?

La crainte des théologiens libéraux et relativistes modernes réside dans la rencontre entre l’esprit et la matière, autrement dit les Sacrements. En tant qu’Anglicans orthodoxes, nous sommes tenus à la Parole de Dieu et donc, par là, à son action efficace dans les Saints Mystères de l’Eglise. Nous sommes des Chrétiens sacramentalistes. Nous croyons que les Sacrements sont des moyens de la grâce divinement institués par lesquels nous sommes touchés par la grâce agissante et que nous recevons avec foi, joie et reconnaissance. Plus encore nous comprenons le principe qui réside sous la Réalité elle-même. Les premiers versets de la Bible parle de Dieu créant le cosmos à partir de rien et comment l’Esprit de Dieu couvrait la Création lui apportant ordre et vie. L’esprit pénètre la matière. Ce concept est certainement le plus ancien en matière de religion. La Réalité sacramentelle, même si elle ne peut être ni touchée, ni mesurée, n’en est pas moins réelle. Faut-il rappeler que dans les Saintes Ecritures ,et aux premiers siècles de l’Eglise, les Sacrements étaient appelés Saints Mystères. Cette dénomination est encore en usage chez les Eglises orientales.

Vous parlez des Sacrements, quel en est leur nombre ?

Deux sont majeurs car nécessaires au Salut : le Baptême et la Sainte Communion, qui dans l’économie divine ordinaire de la Rédemption font respectivement entrer le croyant dans le Royaume de Dieu et l’y maintiennent. Cela ne veut pas dire que nous avons rejeté les sept sacrements traditionnels de la Foi Catholique. Il faut ici préciser qu'il est bien réducteur de limiter les sacrements au nombre de sept car nombreux sont les moyens de la grâce que le Seigneur Dieu utilise pour soutenir la vie du croyant, disciple du Seigneur Jésus-Christ. Cela dit, reprenons : le mariage est aussi un sacrement mais tous ne sont pas mariés ! L’ordination est un sacrement mais tous ne reçoivent pas les saints ordres ! Ainsi tous les sacrements ne sont-ils pas au bénéfice de tous les croyants. Les Anglicans accordent une grande vénération aux Sacrements du Baptême et de la Sainte Communion car ils ont été institués par Notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a dit « faites ceci ». Le XXVème Article de Religion rappelle que « Les Sacrements que Jésus-Christ a institués ne sont pas seulement des symboles et des marques de la profession des Chrétiens; mais […] des signes efficaces de la grâce et de la bonne volonté de Dieu envers nous, par lesquels il opère en nous d’une manière invisible, et non seulement il vivifie, mais encore fortifie et confirme la Foi que nous avons en lui. »

Vous employez l’expression de « grande vénération » dans l'Anglicanisme concernant les deux principaux Sacrements, pouvez-vous développer ?

Oui, bien sûr. L’approche anglicane orthodoxe des Saints Mystères doit, en premier lieu,  immédiatement être distinguée de celle de Rome car nous nous opposons à toute tentative d’explication  des « comment » et « pourquoi » de cette Réalité sacrée. La transubstantiation, par exemple, a donné naissance à la réaction virulente de la Réforme. Ce concept théologique n’est pas fondé bibliquement, il repose sur la pensée néo-platonicienne et les réflexions scholastiques de Thomas d’Aquin. A sa suite, les théologiens occidentaux ont manifesté une fixation obsessionnelle sur ce sujet en tentant de vouloir définir l’indéfinissable, entraînant schismes et disputes au sein de la Chrétienté. Notre approche des Sacrements ne repose ni sur la superstition ni sur une crainte déraisonnable comme on peut le voir dans le Catholicisme romain et certaines Communions orientales. Le Protestantisme libéral, et son cousin très enthousiaste l’Evangélisme, situent la foi comme construction mentale s’il s’agit du Protestantisme libéral ou comme le « témoignage pour Jésus » dans le cas du Protestantisme évangélique. Les deux discours conduisent à une conception soit rationaliste soit émotionnelle de la foi mais au final à la négation de l’Incarnation. Nous le constatons notamment par la place réduite accordée au principe sacramentel dans ces mouvements respectifs.

Quel rôle et quelle place accordez-vous aux saints ?

La réponse est bien simple : les saints sont tous les fidèles chrétiens, morts ou vifs, confessant Jésus-Christ comme leur unique Sauveur et Seigneur. Le rôle des saints sur terre est de propager l'Evangile du Seigneur et de résister au diable et à ses oeuvres, le rôle des saints défunts, qui sont auprès de Dieu, est de prier pour l'Eglise qui se trouve sur terre et qui combat rudement. Ils sont, d'après l'enseignement du livre de l'Apocalypse, devant le trône de Dieu et prient pour les vivants (Apocalypse 8,4) mais en aucun cas il ne s'agit pour nous de leur accorder une place de médiateurs, ils sont des frères intercesseurs comme nous sur terre lorsque nous intercédons en priant pour nos frères et soeurs en Christ ! Soyons très clairs : l'Anglicanisme orthodoxe ne connaît que la théodulie exclusive : l'adoration de Dieu seul.  Nous n'adorons que Dieu seul par Jésus-Christ... et par nul autre, en effet « il n'y a de salut en aucun autre; car il n'y a sous le ciel aucun autre Nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Actes 4,12). Cela étant dit, je le répète, les saints intercèdent et prient au Ciel pour nous dans nos combats terrestres, il ne s'agit donc pas de nier leur rôle dans notre vie chrétienne et la vénération respectueuse que nous devons à ces modèles dans la foi.

Dans ce contexte, quelle place, Révérend, accordez-vous à Marie, la mère du Seigneur ?

La place qui lui revient ! Comme vous le dites si bien, elle est la mère du Seigneur, la mère du Messie. Parce qu'il n'est pas possible de séparer en Christ la nature divine de la nature humaine, nous affirmons avec Martin Luther, à la suite de toute l'Eglise que la Bienheureuse Vierge Marie est Theotokos, c'est-à-dire Mère de Dieu. Nous sommes très reconnaissants à Dieu de l'avoir choisie car son humilité l'a conduite à accepter la volonté de Dieu en devenant la mère du Sauveur. S'il est vrai que sa place est unique dans l'histoire de l'humanité et, a fortiori, dans celle du Salut, il n'en reste pas moins vrai que Marie comme tous les autres humains, excepté Jésus en qui ne se trouvait aucune trace du péché, fut marquée à sa naissance, avant de concevoir le Seigneur Jésus, par le règne du péché et de la faute : « car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Romains 3,23). Cela étant dit, nous croyons avec toute l'Eglise tout comme avec Martin Luther et John Wesley qu'elle est demeurée exempte de la trace du péché originel dès la conception du Christ, qu'elle en a été miraculeusement préservée pour accueillir le Roi de l'univers... Mais la gloire en revient seule à Jésus le Christ, vrai Dieu et vrai Homme. Une fois de plus, je rappelle avec insistance que l'on ne peut pas faire dire n'importe quoi aux Saintes Ecritures et que Marie s'y est elle-même soumise dans l'obéissance aux lois divines. Elle n'a jamais revendiqué une place qui n'était pas la sienne. Elle ne réclame en rien la première place. Elle serait très certainement choquée d'être promue au rang de médiatrice, comme l'enseigne faussement l'Eglise catholique romaine, évinçant tout ou partie de la gloire de son fils, Jésus. Elle a toujours reconnu que le seul chemin qui mène à Dieu est Jésus. On va à Jésus, sans aucun intermédiaire mais on ne peut aller à Dieu sans passer par Jésus ! Il ne faut cependant pas tomber dans l'excès de beaucoup de Protestants qui consisterait à évacuer la figure de la Bienheureuse Vierge Marie dans l'oeuvre du Salut car en elle s'est réalisé le mystère de l'Incarnation, ce n'est donc ni une anecdote ni un détail mais un aspect fondamental de notre foi chrétienne.

Pour conclure cet entretien, pouvez-vous, Mon Révérend, nous expliquer pour quelles raisons maintenez-vous la liturgie traditionnelle ?

La défense de la liturgie traditionnelle est en premier lieu la défense du contenu des textes de cette liturgie et de la manière dont elle s'accomplit. Tout comme pour le Credo, la liturgie ne doit pas être soumise aux fantaisies de chacun. Ce n'est pas un spectacle ! La liturgie est l'expression de la Parole divine, du Logos tou Theou, dans la matière. Autrement dit, la liturgie est un sacrement, un signe visible de la grâce invisible. Chaque mot, chaque geste s'enracinent dans la tradition biblique et se transmettent d'une génération à l'autre. Parce qu'elle est un instrument de la grâce, la liturgie ne peut pas être réduite à une simple réunion de chrétiens qui prient et qui chantent. Deux dimensions la composent : la louange et la sanctification. En effet, à chaque messe nous offrons à Dieu, le sacrifice eucharistique, c'est une des raisons qui fonde l'attitude du célébrant et des fidèles tournés vers l'Orient. Le prêtre ,n'est ni un animateur d'assemblée paroissiale, ni un « autre Christ » (comme l'enseigne avec erreur le catholicisme romain, seul le Seigneur Jésus agit en sa propre personne, et nul autre !), il présente au nom du Peuple de Dieu, le sacrifice eucharistique pur et parfait, il ne fait donc jamais face à l'assemblée. L'autre dimension est la sanctification de ce Corps mystique qu'est l'Eglise de Christ : en recevant la Parole par l'écoute attentive de l'Evangile et la droite prédication de celui-ci mais également par la réception du Corps et du Sang du Seigneur Jésus, les fidèles sont élevés dans la sainteté de foi et de vie. Ils renforcent leur attachement au Seigneur et vivent une vie portant du fruit pour le biens de tous : les bonnes oeuvres.