La France chrétienne

Interview réalisée par Aymeric Aubert

 

Mon Révérend, une de vos préoccupations majeures aujourd’hui est la perte de l’identité chrétienne. Sur quoi votre inquiétude repose-t-elle ?

Ma préoccupation n’est pas seulement la perte de l’identité chrétienne, qui est en route depuis bien longtemps, mais quelque chose de bien plus grave encore : l’effacement de la culture chrétienne comme référence historique fondamentale de notre pays. Pour illustrer sommairement mon propos, je ne vous rapporterai qu’un exemple qui n’est malheureusement pas un cas isolé. Alors que je recevais un jeune couple avec ses deux enfants, l’aîné des deux, âgé de 8 ans, en passant devant le maître-autel de la chapelle de la Mission, aperçoit le grand crucifix qui le surmonte, se retourne vers ses parents et leur demande : « C’est quoi ça ? ». Il me faut préciser que les parents sont baptisés et mariés religieusement. On aurait pu s’attendre à un minimum de transmission de la tradition culturelle chrétienne basique chez ces petits enfants. Ce n’était pas le cas, et ce vide culturel est aujourd'hui monnaie courante. Dois-je rappeler qu’il est devenu commun à de trop nombreux baptisés non catéchisés, issus d’un catholicisme romain sociologique, d’interpeller les chrétiens fidèles pendant le Carême en les interrogeant : « Vous faites le ramadan comme les musulmans ? », alors que le ramadan est historiquement postérieur au Carême chrétien (ce qu'ils ignorent totalement !) et ne lui est absolument pas comparable ! Il s’agit bel et bien de la disparition de la culture chrétienne ordinaire et avec elle, bien entendu, de l’identité chrétienne constitutive de la France. Nous pourrions, hélas, multiplier les exemples ! 

Quels sont, de votre point de vue, les facteurs de cette perte de l’’identité chrétienne ?

Les facteurs sont multiples mais, à mon avis, sans être trop schématique, ils sont de trois ordres immédiats. En premier lieu la tyrannie psycho-humanisante des ecclésiastiques depuis mai 1968. Certains responsables « chrétiens » ont jugé bon devoir critiquer les Saintes Ecritures et démythifier leur contenu. Décomplexés de la révérence qui est due aux Ecrits sacrés, ils ont ouvert sans retenue la porte au relativisme doctrinal. Chacun, clerc ou laïc, s’est donc mis à croire ce que bon lui semblait, se faisant doctor cum libro en toutes circonstances. Ainsi le rationalisme critique et l’émotionalisme social (manifestés par les esprits gauchistes) sont devenus les nouvelles vertus théologales. Elles ont traité avec l'orgueil et le mépris qui les caractérisent la foi, l’espérance et la charité. Parce que leur nature n’est pas divine, ces fausses vertus idéologiques se sont très vite transformées en dictateurs de la pensée et en juges partiaux de la Tradition séculaire de l’Eglise. Les pasteurs chargés de former les consciences à la crainte de Dieu, sont devenus les propagateurs d’une nouvelle religion : l’humanisme rationaliste. En second lieu, l'appauvrissement de l'éducation intellectuelle, organisé depuis plusieurs années par l'Education nationale, a gommé par tous les moyens les racines chrétiennes de la France. Une vraie propagande anti-chrétienne s'est sournoisement mise en place et une désinformation historique s'est imposée aux esprits des élèves du primaire, du collège et du lycée. Le résultat est éloquent : la majeure partie de la jeunesse dépossédée et détachée de ses racines chrétiennes, et donc de son identité, s'est retrouvée endoctrinée par l'idéologie multiculturaliste du système éducatif français actuel. Le sens critique et la référence à de nobles valeurs étant perdus, nous sommes aujourd'hui face à une jeunesse écervelée et sans raisonnement structuré. L'entrée dans l'âge adulte ne peut désormais s'accomplir que dans l'interminable prolongation d'un état d'adolescence irresponsable. Enfin, en troisième lieu, notre système économique capitaliste, où la finance règne en souveraine, a créé chez les occidentaux que nous sommes le désir de l'acquisition immédiate d'objets ou de services inutiles mais rendus indispensables par l'effet de masse. Cette idéologie capitaliste consummériste a donc banni le passé et sa précieuse mémoire car il a besoin de "cerveaux disponibles" qui ne soient pas trop portés à la réflexion et à l'introspection, mais qui se perdent sans recul dans l'agir immédiat. Peu de réflexion, plus de consommation...en voilà la maxime ! 

Mon Révérend, à partir du constat que vous dressez, quelles sont les moyens d'un retour à l'identité chrétienne ?

Je crois qu'il est nécessaire, dans un premier temps, de rappeler à nos contemporains que la terre où nous vivons est le fruit de la civilisation chrétienne, profondément marquée par les cultures grecque et latine. C'est un point très important qu'il ne faut pas négliger. En effet, devant l'expansion croissante de l'islam en France (et bien sûr en Europe), face à ses revendications de plus en plus nombreuses et, disons-le, face à la crainte plus ou moins consciente qu'il inspire à de nombreux Français honteusement culpabilisés par des idéologues gauchistes d'être français, de souche européenne et chrétienne, face à tout cela, il est aussi du devoir des Eglises de raffermir notre identité profonde et, sur la terre de nos ancêtres, de porter haut l'étendard de notre civilisation. Les Français chrétiens sont chez eux en France, et ils le sont légitimement, ils n'ont pas à modifier leurs habitudes civilisationnelles pour se soumettre aux caprices de coutumes étrangères à leurs traditions. C'est un fait, cela n'en déplaise aux "bien-pensants" prônant une société muticulturaliste, qui, nous le savons au regard des Etats-Unis ou de l'Angleterre, est un véritable échec et, de plus, le moteur certain du racisme communautariste. Je dois rappeler également que la christianophobie dans notre beau pays est croissante... Il est donc hors de question de laisser cette situation s'installer plus avant. Tout comme il est hors de question de laisser les cantines scolaires, les piscines municipales, les hôpitaux et bien d'autres lieux publics se soumettre par faiblesse ou par manque de sens des responsabilités publiques, aux dictats de la loi islamique qui n'a rien à faire sur notre sol. 

Vous êtes favorable, si je comprends bien, à un retour aux racines culturelles de la France. Est-ce suffisant ? 

Non, bien entendu. Parmi d'autres moyens à mettre en place, deux me semblent les plus importants : d'une part, ré-évangéliser les Français de souche par une prédication droite de l'Evangile, les sortir de la torpeur dans laquelle cette société de consommation les plonge un peu plus chaque jour (drogues, superficialité de la mode, passivité télévisuelle, acceptation du concubinage, banalisation de l'homosexualité, de la pornographie, etc...). D' autre part, convertir les musulmans présents en France. C'est le mandat que notre Seigneur nous a donné : "Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit." (Saint Matthieu 28,19).  Le Seigneur nous a mis en garde par le Livre de Job, une civilisation qui méprise son Dieu, ses anciens et ses jeunes court les plus grands dangers : "Tu renvoyais les veuves à vide; les bras des orphelins étaient brisés. C'est pour cela que tu es entouré de pièges, et que la terreur t'a saisi tout à coup. Ne vois-tu donc pas ces ténèbres, ces eaux débordées qui t'envahissent ? Dieu n'est-il pas en haut dans les cieux ? Regarde le sommet des étoiles comme il est élevé ! Et tu dis : Qu'est-ce que Dieu sait ? Peut-il juger à travers l'obscurité ?" (Job 22,9-13). Les chrétiens sont frileux (rires)...ils faut leur dire que l'hiver est bientôt fini et que le retour du printemps de notre civilisation est proche !

Vous ne désespérez donc pas d'un changement radical, mon Révérend ?

Non, je ne désespère pas car, pour reprendre les mots de Saint Paul, "j'estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous." (Romains 8,18).

Merci pour ce temps que vous m'avez accordé.

Je vous en prie. Dieu vous bénisse abondamment.