Interview réalisée par Anthony Drew
Mon Révérend, l’institution du mariage est en crise depuis plusieurs années, de nombreuses questions se posent aujourd’hui notamment celle des unions homosexuelles, quelle est votre position ?
Dans les Saintes Ecritures, la création de l’homme et de la femme ainsi que leur union en une seule chair constituent l’apogée de la Création de Dieu. En transmettant la vie et en élevant leurs enfants, les hommes et les femmes unis en tant qu’époux ont le grand honneur de collaborer avec Dieu Lui-même. Le mariage est donc la première institution de la société humaine, sur laquelle se fondent toutes les autres institutions humaines. La tradition chrétienne parle des « liens sacrés du mariage » pour mettre en évidence le fait qu’il s’agit d’une institution ordonnée par Dieu et bénie par le Christ, qui a participé aux noces de Cana, en Galilée. Dans la Sainte Bible, le Seigneur Lui-même bénit le mariage et le tient en très haute estime.
Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par « première institution de la société humaine » ?
C’est bien simple. L’expérience humaine dans son ensemble confirme que le mariage est de toutes les institutions sociales, la première car elle assure la santé, l’éducation et le bien-être des membres de la société humaine. Là où le mariage est honoré et où on favorise la solidité des liens matrimoniaux, tous sont gagnants : les époux eux-mêmes, leurs enfants, les communautés et milieux au sein desquels ils vivent. Là où cette institution sacrée commence à être ébranlée, toutes sortes de pathologies sociales ne tardent pas à se manifester. Malheureusement, comme vous me l’avez fait remarquer au début de cet entretien, nous avons observé, au cours des dernières décennies, un grand déclin du mariage dans notre pays. L’indice le plus révélateur, et le plus alarmant, est le taux de naissances hors mariage. Il y a moins de cinquante ans, il était de moins de 5%. Aujourd’hui, il dépasse les 40% ! Notre société, surtout dans les secteurs les plus pauvres et les plus vulnérables, où le taux de naissance est encore plus élevé que la moyenne nationale, en paie largement le prix : délinquance, drogue, délits, incarcération, détresse et désespoir. Le concubinage et le taux dramatiquement élevé de divorces sont aussi des sonnettes d’alarme.
Que peuvent faire les Chrétiens dans un tel contexte qui semble leur échapper ?
Je dois reconnaître avec tristesse que nous, Chrétiens et nos Eglises, avons trop souvent et scandaleusement omis de défendre l’institution du mariage et de donner l’exemple du vrai sens du mariage. Nous avons trop facilement accepté le divorce et gardé le silence concernant les pratiques sociales qui nuisent à la dignité du mariage, nous nous en repentons, et j’incite tous les Chrétiens à en faire autant. Pour consolider les familles nous devons cesser de présenter la débauche et l’infidélité sous un jour séduisant et redonner aux membres de nos Eglises un sens de la beauté, du mystère et de la sainteté profonds de l’amour conjugal fidèle. Nous devons réformer les mesures politiques insensées qui contribuent à affaiblir l’institution du mariage, y compris l’idée discréditée du divorce unilatéral. Nous devons intervenir dans les domaines de la loi, de la culture et de la religion pour bien faire comprendre aux jeunes ce qu’est le mariage, ce qu’il nécessite et pourquoi il vaut largement l’engagement et les sacrifices que font des époux fidèles.
Que pensez-vous des unions de couple de même sexe ?
L’envie de redéfinir le mariage pour officialiser les relations entre personnes de même sexe est plutôt un symptôme que la cause de l’affaiblissement de l’institution matrimoniale. Elle montre qu’on ne comprend plus le sens du mariage tel que traduit par la loi religieuse, ni la tradition philosophique à l’origine de la loi civile. Et pourtant, il faut absolument résister à ce courant, car y céder reviendrait à abandonner la possibilité de rétablir une saine compréhension du mariage, et par là, l’espoir de rendre à cette institution la place qui lui revient. Cela instaurerait l’idée fausse et destructrice que le mariage n’est fait que de romantisme et d’autres satisfactions d’adultes, et non, d’une manière intrinsèque, qu’il sert de cadre à la procréation, avec le caractère et la valeur uniques d’actes et de relations qui ont pour but de générer, de promouvoir et de protéger la vie. Je suis bien conscient que certains ont des penchants pour la conduite et les relations homosexuelles comme d’autres sont attirés par d’autres formes de conduite immorale. Nous éprouvons de la compassion pour eux, nous les respectons en tant qu’êtres humains pourvus d’une profonde dignité comme chacun d’entre nous. Je veux rendre hommage ici à ces hommes et ces femmes qui luttent, souvent avec peu d’aide, pour résister à la tentation d’assouvir des désirs qu’ils considèrent, de même que nous, comme illicites. Nous les soutenons, même lorsqu’ils succombent. Nous ne sommes pas moins pécheurs qu’eux, et nous n’avons pas accompli ce que Dieu voulait pour notre vie. Nous n’avons pas moins qu’eux besoin de la patience, de l’amour et du pardon du Seigneur. J’appelle toute communauté chrétienne à résister à l’immoralité sexuelle, tout en s’abstenant de condamner dédaigneusement ceux qui s’y livrent. Notre rejet du péché, quoique ferme, ne doit jamais se transformer en rejet des pécheurs, car tout pécheur, quelque soit son péché, est aimé de Dieu, qui ne cherche pas notre destruction mais plutôt la conversion de notre cœur. Notre Seigneur Jésus-Christ appelle tous ceux qui s’éloignent de la vertu à une voie d'excellence ! En tant que ses disciples, nous serons toujours prêts à aider avec amour tous ceux qui entendent l’appel divin et qui veulent y répondre.
Mais comment répondez-vous, Mon Révérend, aux personnes homosexuelles affirmant qu’elles vivent un véritable amour conjugal ?
J’admets qu’il y a des personnes sincères qui ne sont d’accord ni avec nous, ni avec l’enseignement de la Bible, ni avec la tradition chrétienne à propos de la morale sexuelle et de la nature du mariage. Certains considèrent leurs relations homosexuelles comme vraiment conjugales. Toutefois, ils ne comprennent pas que le mariage est rendu possible par la complémentarité sexuelle de l’homme et de la femme, et que la communion étroite à plusieurs niveaux qu’est le mariage comprend une union physique qui unit biologiquement un mari et sa femme en tant qu’unité reproductrice. C’est ainsi parce que le corps n’est pas un simple instrument extrinsèque de la personne humaine, mais qu’il est une partie intégrante de la réalité personnelle de l’être humain. Les êtres humains ne sont pas seulement des centres de la conscience ou des émotions, des cerveaux ou des esprits qui habitent dans des corps impersonnels. La personne humaine est une unité dynamique de corps, d'âme et d'esprit. Le mariage est le lien qu'établissent un homme et une femme lorsque, renonçant à tous les autres et s'engageant l'un envers l'autre pour la vie, ils partagent leur existence à tous les niveaux biologique, émotionnel, matériel, rationnel, spirituel, en contractant un engagement qui est scellé, complété et renouvelé par des rapports sexuels aimants au cours desquels les conjoints deviennent une seule chair, non au sens figuré, mais en remplissant ensemble les conditions les plus favorables à la procréation. C'est pour cela que dans la tradition chrétienne, et historique dans la loi occidentale, les mariages consommés ne peuvent pas être dissous ou annulés pour cause de stérilité, même si la nature de la relation conjugale est constituée et structurée en vue de la procréation, qui constitue en soi un grand bienfait.
Mon Révérend, beaucoup de nos concitoyens, et parmi eux des Chrétiens, croient que la définition historique du mariage en tant qu'union d'un homme et d'une femme revient à nier l'égalité ou les droits civils de certains. Que répondre à ceux qui soutiennent qu'accorder le statut de "gens mariés" à deux hommes ou à deux femmes qui vivent ensemble dans un partenariat sexuel, ne ferait aucun mal à personne ni n'affecterait le mariage traditionnel ?
Il faut répondre que c'est une illusion de l'esprit. L'argument selon lequel les lois cautionnant une certaine sorte de mariage n'affecteraient pas les autres n'est pas valable. S'il l'était les choses iraient beaucoup trop loin : soutenir que le statut légal d'une certaine sorte de relations conjugales n'influe pas sur les autres ne s'applique pas seulement aux partenaires de même sexe; on pourrait l'appliquer également aux relations amoureuses à plusieurs, à la polygamie et même à des relations incestueuses entre frères et/ou soeurs adultes. Devraient-elles sous prétexte d'égalité ou de droits civils, être considérées comme des mariages légaux, et dans ce cas, n'auraient-elles aucun effet sur les autres relations ? Non. En réalité, le mariage n'est pas quelque chose d'abstrait ou de neutre que la loi peut légitimement définir ou redéfinir pour plaire à certains lobbies influents ! Le mariage, en tant qu'alliance d'un homme et d'une femme, est une réalité objective que la loi se doit de reconnaître et de soutenir au nom de la justice et du bien commun. Si elle ne le fait pas, de grands fléaux sociaux en découlent.
Quels sont ces fléaux ?
Premièrement, la liberté religieuse de ceux pour lesquels c'est une affaire de conscience est remise en question. Deuxièmement, on outrepasse les droits des parents lorsque l'on se sert de la vie familiale et des programmes scolaires d'éducation sexuelle pour expliquer aux enfants et aux jeunes que les esprits "éclairés" reconnaissent comme "mariages" les partenariats sexuels que de nombreux parents considèrent intrinsèquement comme non-conjugaux et immoraux. Troisièment, le bien commun de la société civile est compromis lorsque la loi elle-même, dans sa fonction pédagogique cruciale, devient un instrument qui nuit à la saine compréhension du mariage, dont dépend l'épanouissement de la tradition matrimoniale dans n'importe quelle société. Hélas, de nos jours l'institution du mariage est loin d'être solide, mais si nous entamons le processus extrêment important qui consiste à réformer et nos lois et nos moeurs pour rebâtir une telle culture, nous ne devons en aucun cas redéfinir le mariage dans nos lois de telle façon qu'elles donneraient une fausse image de ce qu'il est vraiment.
Ne pensez-vous pas que vous donnez une image sévère du mariage et un avis autoritaire sur la question ?
C'est une erreur de le croire ! C'est par amour et non par animosité, c'est par prudente préoccupation du bien de tous et non par préjugés, que nous nous engageons à nous efforcer sans relâche de préserver la définition légale du mariage, l'union d'un homme et d'une femme, et à en remettre à l'honneur l'insitution. En tant que Chrétiens comment pourrions-nous faire autrement ? Les Saintes Ecritures nous apprennent que le mariage est un élément essentiel de la Création de Dieu. En fait, l'union d'un époux et d'une épouse symbolise le lien qui unit le Christ à son Eglise. Par conséquent, de même que le Christ, par amour, a accepté de se donner pour l'Eglise en sacrifice parfait, nous voulons, avec amour, faire tous les sacrifices qu'on nous demandera pour le soutien du trésor sans prix qu'est le mariage.