par Anthony Drew
La vie est au centre de la foi chrétienne ; quelle est, Mon Révérend, votre position sur le droit à la vie ?
Je constate avec tristesse, malgré l’évolution de la population dans une direction pro-vie, que l’idéologie pro-avortement prévaut encore aujourd’hui dans les instances politiques qui nous gouvernent et sans distinction de partis politiques…On ressent la volonté de légaliser l’avortement à tous les stades du développement du fœtus, et bien sûr, tout cela aux frais du contribuable qu’il y soit favorable ou non ! Ainsi 220 000 avortements sont pratiqués en France chaque année, ce qui signifie, pour être très clair, qu’une vie est supprimée pour trois naissances, et que le délais légal d’avorter est passé de 10 semaines à 12 semaines, que l’autorisation des parents pour les mineures n’est plus obligatoire et que l’IVG médicamenteuse, du moins en milieu urbain, est largement favorisée et pratiquée ! Notre engagement, en tant que Chrétiens, envers la sainteté de la vie n’est certainement pas un engagement dans un parti politique car ceux-ci ont contribué à cautionner depuis des années une culture de la mort. J’incite tous les représentants élus de notre pays, à protéger et à servir tous les membres de notre société, y compris les plus marginaux, les plus impuissants et les plus vulnérables d’entre eux.
Vous parlez de « culture de la mort », le premier à avoir employé cette expression publiquement fut le Pape Jean-Paul II, quelles sont les conséquences de cette culture ?
Vous avez raison, le premier à l’avoir employée clairement et courageusement a été le Pape Jean-Paul II. La culture de la mort a une conséquence majeure dans la vie humaine, et dans la vie sociale en général. Cette conséquence est la dévalorisation de la vie à tous les stades et conditions en soutenant la théorie que les vies imparfaites, immatures ou gênantes peuvent être mises au rebut. La dévalorisation de la vie, qui a commencé par l’avortement, a aujourd’hui proliféré. Par exemple, la recherche sur la destruction d’embryons, subventionné par l’Etat, est encouragée au nom de la science sous prétexte de développer des traitements efficaces aux maladies et aux handicaps, nous ne sommes pas loin du désir de produire en masse des embryons humains qui seraient ensuite tués pour produire des tissus de cellules souches génétiquement personnalisées ! A l’autre extrémité de la vie, un mouvement de plus en plus puissant destiné à promouvoir le « suicide assisté » et l’ « euthanasie volontaire » menace la vie des personnes âgées, invalides et vulnérables. Dois-je rappeler qu’en 1920, dans les salons huppés d’Europe, des intellectuels ont développé pour la première fois des doctrines eugénistes comme la « lebensunwertes Leben », la « vie indigne d’être vécue ». Après les atrocités commises par le nazisme et le communisme au milieu du XXe siècle, elles ont fait aujourd’hui leur réapparition. Avec cependant une différence dans la présentation, puisqu’elles se parent aujourd’hui des titres complaisants de « liberté », d’ « autonomie » et de « choix »…
Quelle peut donc être votre action pour lutter contre cette culture de la mort ?
D’une part, je crois profondément qu’en tant que Chrétiens, nous devons nous efforcer sans relâche de supprimer le droit de tuer qui a commencé par la légalisation de l’avortement. Faisons en sorte, comme par le passé, d’assister, de réconforter et de soutenir les femmes enceintes démunies et les victimes de l’avortement, tout en maintenant une position ferme contre la notion perverse et dégradante que les femmes ont intérêt à tuer délibérément leur fœtus. Notre message est, et continuera à être, que la seule réaction juste, humaine et véritablement chrétienne face aux grossesses non désirées consiste, pour chacun d’entre nous, à nous occuper à la fois des mères et de leurs enfants. D’autre part, tout Chrétien doit inciter instamment ceux à qui a été confié un pouvoir temporel à assumer la première responsabilité de tout exercice du gouvernement politique : préserver les êtres faibles et vulnérables de violentes attaques, et ce sans favoritisme, partialité ni discrimination. Les Saintes Ecritures nous enjoignent de défendre ceux qui ne peuvent pas le faire par eux-mêmes et de parler pour ceux qui n’ont pas de voix. Nous devons promouvoir ce que nous commandent la Sainte Bible et la raison éclairée en étant prêts à défendre, même si cela nous fait courir des risques ainsi qu’à nos institutions, la vie de nos frères et sœurs à tous les stades de développement et quelque soit leur condition.
Vous vous exprimez, Mon Révérend, dans le contexte français, or cette problématique est, me semble-t-il, plus vaste, pourriez-vous nous donner votre sentiment à ce sujet ?
Oui, bien entendu. Nous ne nous préoccupons pas seulement de notre nation, cela va de soi, même si les problèmes sont ici déjà très nombreux à résoudre. Autour du globe, nous observons des cas de génocides, de « purifications ethniques » (expression horrible !), de non assistance à d’innocentes victimes de la guerre qui souffrent, d’abus d’enfants, d’exploitation de travailleurs vulnérables, de trafics sexuels, d’abandon de personnes âgées, d’oppression et de discrimination raciale, de persécutions de croyants de toutes confessions et d’absence de mesures nécessaires pour certaines maladies que l’ont peut prévenir comme c’est le cas du sida. Toutes ces dérives découlent de la perte de conscience de la dignité de la personne humaine faite à l’image et à la ressemblance de Dieu. Nous, Chrétiens, nous affirmons avec convictions et proposons une véritable éthique cohérente d’amour et de vie pour tous les êtres humains, en toutes circonstances !