Un Christianisme viril

gedc0767-copie.jpgInterview réalisée par Aymeric Aubert

Mon Révérend, vous avez accepté d’aborder, à ma demande, un sujet délicat : vos détracteurs vous reprochent votre approche radicale du christianisme. Quel est votre sentiment à ce propos ?

Notre époque est synergiste et matérialiste. Elle accorde à l’émotion un primat sur l’intelligence. Elle ne veut donc pas d’une vie spirituelle véritablement structurée. Beaucoup de nos contemporains, y compris dans les milieux chrétiens et parmi les ecclésiastiques, se satisfont d’un éclectisme religieux, d’un saupoudrage superficiel des consciences et d’une émulation des affects selon l’air du temps. Pour répondre à votre question : oui, effectivement je propose un christianisme radical qui ne plaît pas aux démagogues.

Pouvez-vous développer ce que vous entendez par là ?

Oui, bien sûr. La radicalité du christianisme que j’évoque ici n’est pas celle d’un littéralisme mortifère contrairement à ce que j’ai parfois lu ou entendu. Il s’agit plutôt de susciter un christianisme de choc qui trace la ligne de la reconquête chrétienne dans une France socialement en ruines et en rupture avec sa propre Histoire. Ce christianisme est un christianisme intégral qui associe la croix à la vie, le mystère du Christ mort et ressuscité à la démarche d’incarnation qui le rend présent à chaque milieu. Un christianisme viril en quelque sorte.

Un christianisme viril ? Pouvez-vous préciser votre pensée, Mon Révérend, car l’expression est inhabituelle ?

Lorsque je parle d’un christianisme viril et fort, j’entends par là qu’un Chrétien met sa force à servir les valeurs chrétiennes contre un faux idéal de la force. Si notre religion présente aux disciples du Christ des exigences héroïques, la sainteté qui est proposée à tous les baptisés dépasse l’héroïsme. Je crois fermement que le visage authentique d'un christianisme viril, le seul vrai, celui des chevaliers, des saints, des confesseurs et des martyrs formera les disciples d’aujourd’hui et de demain dans une époque aussi troublée que la nôtre. Il faut sortir le christianisme de sa tendance au socialisme ou au sensationnalisme. Le christianisme n’est pas une religion parmi les autres, c’est la seule Religion véritable fondée par Dieu Lui-même manifesté dans la chair en Jésus-Christ et qui seule offre le Salut à tous les hommes sans distinction d’origines à condition qu’ils confessent le Seigneur Christ comme leur unique Sauveur et Seigneur.

Comment vivre alors l’Amour de Dieu au sein de ce christianisme viril ?

L’Amour de Dieu ne doit pas vivre seulement de paroles et de bons sentiments comme nous pouvons le percevoir dans les discours progressistes de certaines Eglises . Sous prétexte d’une compréhension tronquée de l’Amour de Dieu, certains acceptent de marier des homosexuels, de marier des couples mixtes chrétien-non chrétien, d’ordonner des femmes à la prêtrise ou à l’épiscopat, de prêter des églises aux musulmans pour leur prière, de laisser des sans-papiers profaner des lieux sacrés sous prétexte d’humanisme et la liste est longue sans compter ces prêtres qui se donnent en spectacle à la télévision dans des émissions de télé-réalité ou s’exhibent au travers des chansons ambigües accompagnés de jeunes femmes dénudées… Non, l’Amour de Dieu ce n’est pas laisser faire tout et n’importe quoi sous prétexte de bons sentiments ou d’attirer un public en quête d’une Eglise « à la carte » adaptée aux caprices mondains. L’Amour de Dieu doit passer par les actions sanctifiées du Chrétien, et il se mesure, au témoignage de Saint Augustin reprenant les enseignements de notre bien-aimé Sauveur, au mépris que nous avons pour nous-mêmes : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui- même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. » (Evangile de Saint Matthieu chapitre 16 verset 24). Le programme du Chrétien est clair : pas de caprice pour l’accomplissement personnel, social, professionnel ; toute notre vie, que nous soyons célibataire ou père (ou mère) de famille, est de servir le Maître là où nous sommes et, chaque jour, dans l'accomplissement de notre devoir d’état sans rêver à d'éternelles chimères…

Quelle est donc, Mon Révérend, votre démarche pastorale pour la transmission de ce christianisme viril ?

Mon premier rôle en tant que pasteur des âmes qui me sont confiées par la Providence divine, est de remettre en honneur auprès de chacun le culte des vertus chrétiennes mais défaites de ce mauvais esprit de résignation, de cette crainte, non de Dieu, mais de la tentation qui nous dévirilise et d’en finir avec la coupable abstention d’une chrétienté moribonde, frileuse, démissionnaire et affadie qui a permis le succès des idéologies athées. Il faut redonner à chaque Chrétien le sens des responsabilités personnelles et des conséquences morales qui en découlent tant pour le groupe que pour la personne. L’éducation chrétienne à tous les niveaux, de l’enfance à l’âge adulte doit former des âmes viriles, des intelligences et des volontés aptes à bien user de leur liberté en Christ. Et cette éducation est d’autant plus nécessaire en ces temps de mise en danger de la civilisation chrétienne par la présence croissante sur notre sol d’une religion conquérante et totalitaire qui s’appuie sur la faiblesse démocratique pour implanter ses propres droits…

Sauf votre respect, Mon Révérend, ne peut-on pas vous reprocher alors de « faire de la politique » sous couvert de religion ?

C’est à mon avis, un raccourci simpliste auquel je n’accorde aucun intérêt. Je rappelle que je ne suis pas de ces Chrétiens qui disent que le Ciel dispense de la terre. Ceux qui ont foi dans le Christ et auxquels je m’adresse chaque jour demeurent sur ce sol charnel qu’est la France. C'est dans leur foyer, dans leur travail de chaque jour, dans leur patrie, notre patrie, qu’ils vivent et souffrent. Aussi, à cet instant, où tout cela se trouve atteint, le Chrétien souffre doublement et ne doit pas se réfugier dans son ciel au risque de donner raison à Karl Marx et à son « opium du peuple ». Il y a en nous, par la volonté du Créateur, une unité telle que l’âme chrétienne souffre de tout ce qui atteint notre vie humaine. C’est un défi pour chacun de nous, à nous de préparer sûrement le terrain où nous défendrons notre liberté demain.

Merci, Mon Révérend.

C’est moi qui vous remercie, Aymeric, Dieu vous bénisse.